Le cacao a perdu plus de la moitié de sa valeur depuis son record de décembre 2024. Et pourtant, en vitrine comme en rayon, le chocolat belge n'a pas bougé d'un centime — quand il n'a pas encore augmenté. Ce décalage n'a rien d'un scandale : il s'explique par la façon dont les chocolatiers achètent leur matière première. Voici le mécanisme, chiffres à l'appui.
Quel est le prix du cacao aujourd'hui ?
Entre 3 200 et 5 700 dollars la tonne selon le moment où l'on regarde en 2026. C'est une fourchette large, et c'est justement ça, l'information : le cacao est devenu un marché nerveux.
Pendant près de vingt ans, la tonne est restée sagement autour de 2 300 dollars. Puis tout s'est emballé : record absolu à 12 906 dollars la tonne en décembre 2024, chute à environ 3 200 dollars en avril 2026, remontée à 3 895 dollars au 1er juin, puis autour de 5 700 dollars à la mi-août 2026. Le contrat de Londres, lui, s'échangeait autour de 4 120 dollars à la même période.
Deux places cotent le cacao, et elles ne disent pas exactement la même chose. Le contrat de New York (ICE US) est libellé en dollars et référencé sur le cacao d'Amérique latine et d'Asie. Celui de Londres (ICE Europe) est libellé en livres sterling et porte sur le cacao africain, celui qui finit majoritairement dans nos pralines. Quand un article cite « le » prix du cacao sans préciser lequel ni à quelle date, méfiance.
Pourquoi le prix du cacao a-t-il explosé puis chuté ?
Parce que l'offre a manqué, puis est revenue. La Côte d'Ivoire et le Ghana fournissent à eux deux l'essentiel du cacao mondial, et ces deux pays ont enchaîné trois campagnes difficiles : pluies excessives, maladies des cabosses, vergers vieillissants qui produisent moins.
Les stocks mondiaux se sont vidés. Les fonds d'investissement se sont engouffrés dans la brèche, ce qui a amplifié le mouvement bien au-delà du déséquilibre physique réel — un phénomène classique sur les matières premières agricoles, documenté par la Banque mondiale dans son suivi des cours.
Le retour de balancier a été tout aussi brutal, et pour une raison qu'on oublie souvent : la demande a reculé. À force de répercuter la hausse sur les consommateurs, les industriels ont fait baisser les volumes broyés. Ajoutez de meilleures conditions météo en Afrique de l'Ouest et des prix garantis plus attractifs pour les planteurs, et l'offre est repartie. L'Organisation internationale du cacao a d'ailleurs constaté un excédent mondial sur la campagne 2025/26.
Rien n'est stabilisé pour autant. En juillet 2026, le courtier StoneX a ramené son estimation d'excédent pour 2026/27 de 149 000 à seulement 25 000 tonnes, en pointant un épisode El Niño qui menace la prochaine récolte.
Combien de cacao y a-t-il vraiment dans une tablette ?
Beaucoup moins que ce que le débat public laisse croire. C'est le calcul que personne ne fait, et c'est pourtant celui qui remet tout à sa place.
Une tablette de 100 g de noir à 70 % contient environ 75 g de produits de cacao. À 3 500 dollars la tonne, la fève revient à 3,50 dollars le kilo, soit à peu près 3 € au taux de l'été 2026. Ces 75 g coûtent donc environ 22 centimes de matière première. Au pic de décembre 2024, les mêmes 75 g revenaient à environ 83 centimes.
| Produit | Cacao (fèves équiv.) | À 3 500 $/t | Au pic de déc. 2024 | Écart |
|---|---|---|---|---|
| Tablette noir 70 %, 100 g | ~75 g | ~0,22 € | ~0,83 € | +0,61 € |
| Tablette lait 33 %, 100 g | ~35 g | ~0,10 € | ~0,39 € | +0,29 € |
| Une praline de 12 g | ~5 g | ~0,015 € | ~0,055 € | +0,04 € |
Ordres de grandeur calculés à partir du cours des fèves, hors coûts de transformation, au taux de change de l'été 2026. À lire comme un repère, pas comme une comptabilité.
La conclusion est franche : même au sommet de la flambée, le cacao brut n'a ajouté qu'une soixantaine de centimes à une tablette de noir, et quatre centimes à une praline. Quand un ballotin passe de 22 à 30 €, le cacao n'explique qu'une petite partie de l'écart. Le reste, c'est le sucre, le lait, le beurre, l'énergie du conchage, l'emballage, le loyer de la boutique, les salaires et les marges de chaque intermédiaire.
Au sommet de la flambée, le cacao brut n'a ajouté qu'environ quatre centimes au prix d'une praline. Tout le reste s'est joué ailleurs.
Pourquoi le chocolat belge ne baisse-t-il pas ?
À cause des couvertures — au sens financier du terme, pas au sens du chocolat de couverture. Les industriels et les grandes maisons n'achètent pas leur cacao au jour le jour : ils le sécurisent 9 à 12 mois à l'avance par des contrats à terme.
Concrètement, le chocolat que vous achetez aujourd'hui a été payé avec du cacao commandé l'an dernier, quand les cours flirtaient encore avec leurs sommets. La baisse actuelle n'atteindra les rayons que lorsque ces stocks seront écoulés et que les nouveaux contrats, signés plus bas, prendront le relais.

Le petit artisan subit le même décalage, en pire. Il achète sa couverture chez un fournisseur comme Barry Callebaut — qui fournit l'essentiel du chocolat belge — et récupère les tarifs négociés bien en amont, sans pouvoir se couvrir lui-même sur les marchés. À Braine-l'Alleud, la chocolatière Marie-Caroline Vroman expliquait en avril 2026 avoir vu sa couverture passer de 6 à environ 11 € le kilo en quelques années.
Une baisse des cours ne se répercute jamais aussi vite qu'une hausse, aussi. Personne, dans aucune filière, ne se précipite pour rendre une marge reconstituée.
Combien coûte le chocolat en Belgique aujourd'hui ?
Nettement plus qu'avant la flambée, et l'écart ne se referme pas. Au printemps 2026, alors que l'inflation générale dans les supermarchés belges était retombée à 2,22 %, le chocolat restait à part.
Les relevés cités par RTL en avril 2026 donnent la mesure du décrochage : le chocolat au lait coûtait 16 % de plus sur un an, et 73 % de plus qu'en janvier 2022. Le chocolat noir affichait 10 % sur un an et 87 % depuis 2022. En clair, le chocolat noir a presque doublé en quatre ans.
Côté vitrine, les repères relevés en avril 2026 :
- Chez la chocolatière de Braine-l'Alleud, le kilo de chocolat est passé de 48 à 68 €, avec des figurines à partir de 3 € pour rester accessible.
- Chez Delhaize, les œufs Galler montaient à environ 40 € le kilo, les produits Milka autour de 28 €, les marques de distributeur autour de 20 €.
Ce qui frappe le plus en boutique, ce n'est pas l'étiquette : c'est le format. Les ballotins ont maigri, les moulages se sont creusés, les coffrets de fêtes comptent une ou deux pièces de moins qu'avant. La hausse passe autant par le grammage que par le prix affiché, et c'est beaucoup plus discret.
Le planteur touche-t-il quelque chose sur ce prix ?
Un peu plus qu'avant, et c'est la bonne nouvelle de cette crise. Historiquement, le producteur ivoirien ou ghanéen ne récupérait que quelques pour cent du prix payé en caisse — l'essentiel de la valeur se créant à la transformation et à la distribution, très loin des vergers.
La flambée a forcé les États producteurs à revaloriser. La Côte d'Ivoire a porté son prix garanti aux planteurs à 2 200 FCFA le kilo en 2025, un record historique. C'est une hausse réelle, mais elle reste sans commune mesure avec la multiplication par cinq observée sur les marchés à terme pendant la même période : l'essentiel de la flambée s'est joué entre négociants et financiers, pas dans les plantations.
Les filières alternatives fonctionnent autrement, en déconnectant le prix payé au producteur des soubresauts boursiers. Ethiquable applique un prix plancher de 5 000 € la tonne. Tony's Chocolonely publie sa prime et sa traçabilité. En Belgique, Belvas travaille en cacao 100 % bio et Fairtrade, tandis que les grandes maisons — Neuhaus, Leonidas — avancent collectivement via Beyond Chocolate, le partenariat belge lancé en 2018. Pierre Marcolini joue une autre carte, l'achat direct aux producteurs avec traçabilité par origine, ce qui l'expose moins aux dérapages du marché à terme.
Le règlement européen EUDR va-t-il refaire monter les prix ?
Probablement un peu, et pas tout de suite. Le règlement (UE) 2023/1115, dit EUDR, interdit la mise sur le marché européen de produits issus de terres déboisées après le 31 décembre 2020. Il couvre sept matières premières, dont le cacao et le beurre de cacao.
Le calendrier a glissé : les législateurs européens ont acté en décembre 2025 un report de douze mois et une simplification du texte. L'application est désormais fixée au 30 décembre 2026 pour les grandes et moyennes entreprises, et au 30 décembre 2027 pour les micro et petites structures. Le SPF Santé publique détaille les obligations côté belge.
Ce que ça change en pratique : chaque lot de cacao devra être géolocalisé jusqu'à la parcelle. C'est un vrai progrès pour la forêt ivoirienne, et un coût administratif supplémentaire qui finira dans le prix — modeste comparé aux mouvements de 2024, mais réel. Les petits artisans, exemptés jusqu'à fin 2027, dépendront surtout de la capacité de leur fournisseur de couverture à documenter ses origines.
Faut-il s'attendre à une baisse du chocolat ?
À une détente, oui. À un retour aux prix de 2021, non — et il faut le dire clairement plutôt que d'entretenir l'espoir.
Trois raisons à ça. D'abord, les couvertures achetées haut s'épuiseront progressivement au fil de 2026 et 2027, ce qui devrait détendre les tarifs sans les effondrer. Ensuite, le cacao ne pèse qu'une fraction du coût d'une tablette, et tout le reste — sucre, lait, énergie, emballage, salaires, loyers — n'est jamais redescendu. Enfin, l'excédent mondial reste fragile : la révision de StoneX en juillet 2026 montre à quelle vitesse une prévision peut se retourner.
Ce qu'il faut regarder en vitrine avant d'acheter
Le contexte de prix change la façon d'acheter, pas le plaisir. Quatre réflexes suffisent à ne pas payer la flambée deux fois.
Comparez le prix au kilo, systématiquement — c'est la seule donnée qui neutralise la réduction des formats. Surveillez le grammage des coffrets d'une année sur l'autre, surtout à Pâques et à la Saint-Nicolas, où les moulages se creusent discrètement. Privilégiez les pralines vendues au poids plutôt que les boîtes préemballées : vous achetez la quantité que vous voulez, au prix réel. Et pour le quotidien, assumez la tablette de supermarché : Côte d'Or ou Galler offrent un rapport plaisir-prix que peu d'artisans peuvent égaler sur ce terrain, comme on l'a détaillé dans notre tour du meilleur chocolat belge en supermarché.
Pour le reste, la hausse n'a pas changé la hiérarchie des maisons : elle a juste rendu le choix plus coûteux quand on se trompe. Notre classement des chocolatiers belges et notre comparatif quel chocolatier belge choisir restent les meilleurs points de départ — et si vous vous demandez ce qui justifie cette réputation, on l'a démonté dans pourquoi le chocolat belge est si réputé.
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Questions fréquentes
Bruxelloise pur sucre, Margaux arpente les chocolateries belges depuis plus de dix ans. Ancienne pâtissière reconvertie dans le journalisme gourmand, elle goûte, compare et raconte le chocolat belge sans complaisance — des grandes maisons aux ateliers de quartier.
