À Bruxelles, on croise des enseignes qui affichent fièrement une date sur leur devanture. Certaines ont plus de cent cinquante ans, d'autres se contentent d'un décor ancien. Voici les chocolateries belges réellement historiques — qui les a fondées, ce qu'elles ont inventé, et ce qu'elles valent encore quand on pousse la porte aujourd'hui.
Quelle est la plus ancienne chocolaterie belge ?
Neuhaus, sans discussion, avec 1857 gravé dans son histoire. La maison ouvre cette année-là dans les Galeries Royales Saint-Hubert… mais comme pharmacie. Jean Neuhaus, apothicaire d'origine suisse, enrobe ses remèdes d'une couche de chocolat pour les rendre avalables.
Le basculement arrive deux générations plus tard. En 1912, Jean Neuhaus Junior vide la coque de son remède et la remplit d'un fourrage gourmand : la praline fourrée est née, et avec elle toute l'industrie du chocolat belge telle qu'on la connaît. En 1915, son épouse Louise Agostini imagine le ballotin, cette boîte légère qui protège des bouchées fragiles. Sans elle, pas de cadeau possible.
On a poussé la porte de la boutique historique des Galeries : l'adresse est très touristique, mais la rotation y est bonne et le manon café reste une leçon de fraîcheur. À la dégustation, la coque claque encore proprement.
Côte d'Or est-elle vraiment la doyenne des tablettes ?
Oui, et le lien de parenté surprend. Côte d'Or est fondée en 1883 par Charles Neuhaus — même patronyme que la maison des Galeries, dans une Belgique où le chocolat est encore un produit d'apothicaire et d'épicier fin.
L'éléphant, les palmiers, le nom même : tout renvoie à la Gold Coast, l'actuel Ghana, d'où venait le cacao. Plus de cent quarante ans plus tard, la tablette au lait reste dans à peu près tous les placards belges, et c'est probablement le chocolat le plus mangé du pays.
Côté goût, restons lucides : Côte d'Or joue le registre du lait fondant et rassurant, pas celui du grand cacao de dégustation. C'est une tablette du quotidien, excellente en pâtisserie, qui n'a jamais prétendu rivaliser avec une praline fraîche.
Wittamer, Leonidas, Mary : que valent les maisons du début du XXe siècle ?
Ce sont les trois piliers de la génération suivante, et ils n'ont rien à voir entre eux.
Wittamer (1910) naît pâtisserie sur la place du Grand Sablon, avant de devenir la maison de bouche des grandes occasions bruxelloises. C'est le seul de la liste où l'on hésite entre une praline et une part de gâteau — et où l'on prend souvent les deux.
Leonidas (1913) doit son nom à Leonidas Kestekides, confiseur gréco-américain venu pour une exposition universelle et resté par amour du pays (et d'une Belge). Sa réussite : rendre la praline fraîche accessible à tous, avec un réseau dense et un prix au kilo qui reste, aujourd'hui encore, le plus doux du marché.
Mary (1919) est fondée rue Royale par Mary Delluc, une femme seule dans un métier d'hommes, à deux pas du Palais. La maison décroche le brevet de Fournisseur de la Cour et le porte encore : c'est la plus discrète des grandes, et l'une des plus fines côté ganaches.
Trois maisons, trois projets : Wittamer vise la table de fête, Leonidas la rue, Mary le Palais. Elles n'ont jamais cherché à faire le même chocolat.

Quelles sont les dates clés des chocolateries belges ?
Le tableau tient en six lignes — et il raconte à lui seul comment le pays est passé de la pharmacie au luxe accessible.
| Maison | Fondation | Fondateur | Ce qu'elle a apporté | Où la voir |
|---|---|---|---|---|
| Neuhaus | 1857 | Jean Neuhaus | La praline fourrée (1912), le ballotin (1915) | Galeries Royales Saint-Hubert |
| Côte d'Or | 1883 | Charles Neuhaus | La tablette au lait du quotidien | Supermarchés |
| Wittamer | 1910 | Famille Wittamer | Pâtisserie et chocolat de fête | Place du Grand Sablon |
| Leonidas | 1913 | Leonidas Kestekides | La praline fraîche accessible | Partout en Belgique |
| Mary | 1919 | Mary Delluc | Ganaches fines, brevet de la Cour | Rue Royale, Bruxelles |
| Corné Port-Royal | 1932 | Maurice Corné | Le praliné et la manon à la crème | Galeries Royales |
Ce qui frappe, c'est la concentration : entre 1857 et 1932, tout se joue dans un mouchoir de poche géographique — les Galeries, le Sablon, la rue Royale. Un itinéraire de vingt minutes à pied couvre trois quarts de l'histoire.
Une chocolaterie ancienne fait-elle du meilleur chocolat ?
Non, et c'est le piège de cet article. L'ancienneté prouve une chose : une recette a traversé les crises, les guerres et les modes. Elle ne prouve rien sur la praline que vous tenez dans la main aujourd'hui.
On a goûté pour vous, le même mois, une praline d'une maison centenaire très exposée aux touristes et la même famille de praline chez un artisan sans pedigree : la seconde était plus fraîche, la coque plus nette, le fourrage moins sucré. La rotation des bacs pèse plus lourd que la date sur la devanture.
Quelle maison historique choisir selon ce qu'on cherche ?
Partez de l'occasion, jamais de la date de fondation.
Pour offrir un classique sans risque, Neuhaus : le ballotin fait son effet, la maison est constante et l'histoire vient en prime. Pour partager une grosse boîte sans exploser le budget, Leonidas reste imbattable au kilo. Pour une table de fête, Wittamer, où la pâtisserie et le chocolat se répondent. Pour un cadeau discret et fin, Mary et ses ganaches.
Et si le critère, c'est la finesse pure ou le cadeau d'exception, la réponse n'est plus historique : c'est Pierre Marcolini, fondé en 1995, qui travaille en bean-to-bar au Sablon — il sélectionne et torréfie ses propres fèves, ce que ne fait aucune des maisons centenaires ci-dessus. En vitrine rue des Minimes, la différence de profil aromatique saute au nez avant même la première bouchée.
Comment visiter ces maisons historiques en une journée ?
C'est le plus simple : elles tiennent dans un périmètre minuscule. Commencez aux Galeries Royales Saint-Hubert (Neuhaus, Corné Port-Royal), remontez vers la rue Royale pour Mary, puis descendez sur le Grand Sablon où Wittamer et Marcolini se font face. Comptez une heure trente de marche, dégustations comprises.
Un conseil de méthode : n'achetez pas plus de deux ou trois pralines par maison, et goûtez-les le jour même. Une praline fraîche se conserve quelques semaines au mieux — et la comparaison n'a de sens qu'à chaud, la même journée, le même palais.
Envie de pousser la balade plus loin ? Suivez notre itinéraire chocolat à Bruxelles, et si vous hésitez encore entre les grandes maisons, notre comparatif quel chocolatier belge choisir tranche pour vous.
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Questions fréquentes
Bruxelloise pur sucre, Margaux arpente les chocolateries belges depuis plus de dix ans. Ancienne pâtissière reconvertie dans le journalisme gourmand, elle goûte, compare et raconte le chocolat belge sans complaisance — des grandes maisons aux ateliers de quartier.
